Intermedialités à l’oeuvre :
pratiques de recherche dans le champ littéraire et les sciences humaines et sociales
Mardi 13 octobre 2020
MSH (4, rue Ledru) de Clermont-Ferrand
 
Cette manifestation souhaite mettre en avant la notion d’intermédialités pour questionner les pratiques, les théories et les regards sur des oeuvres plurielles. Elle est en lien
avec la réflexion collective et le cycle de manifestations menés sur le thème de « L’expérience de la frontière » par les doctorants du CELIS (EA 4280, Centre de Recherches
sur les Littératures et la Sociopoétique) et s’inscrit dans le projet de Journée transdisciplinaire de l’École Doctorale LSHS (ED 370, Lettres, Sciences Humaines et Sociales).
L’intermédialité est une approche conceptuelle traversant plusieurs champs disciplinaires. Elle se centre en effet sur les relations et interactions entre différents média au
sein d’une même oeuvre, en mettant ces relations au premier plan. Elle s’intéresse donc aux phénomènes d’influence mutuelle et de dialogue entre formes et modes d’expression
artistiques. Ce champ de la recherche, théorisé par le professeur néerlandais Jürgen Ernst Müller1 à la fin des années 1980 donne suite aux travaux sur l’interartialité (étude des
relations entre les arts) et a entraîné depuis de nombreuses études sur ce concept en constante évolution. C’est pourquoi l’intermédialité ne peut se penser comme une notion finie et
délimitée : il est indispensable de l’analyser non seulement du point de vue du résultat (l’oeuvre finale) mais aussi du processus (étude des interactions), et de ne pas tenter de
restreindre son champ d’application, qui évolue en fonction de l’apparition de nouveaux médias et donc d’interactions nouvelles. On ne saurait penser l’intermédialité uniquement en
termes de relations entre texte et image – même si ces dialogues sont pertinents et source de développements multiples très intéressants. Il apparaît qu’il faut ouvrir l’intermédialité à
toutes les formes artistiques (arts visuels, arts de la scène, musique, littérature, cinéma, bande dessinée…)
appartenant ou non au champ de l’esthétique hégélienne, incluant les productions mixtes. Si nous prenons la définition du T.L.F, le média signifie « Ce qui occupe une position
moyenne, ce qui constitue un état, une solution intermédiaire » et aussi « Ce qui sert de support et de véhicule à un élément de connaissance ; ce qui sert d'intermédiaire, ce qui
produit une médiation entre émetteur et récepteur ». Ils peuvent être la presse, le disque, le film etc., mais aussi le langage (écrit, oral, corporel), le son, l’image, pourquoi pas l’homme
qui est un objet d’étude en lui-même ? Cette question pourrait aussi être envisagée différemment dans les sciences sociales (sociologie, psychologie, anthropologie, histoire, géographie, sciences de l’éducation, etc.), où les médias peuvent être vus tantôt comme une approche de recherche (support pédagogique, construction de base de données), tantôt comme objets d’étude (le langage, le processus cognitif), ou encore comme contexte général, où la notion de média même prendrait un sens différent. L’objectif est de donner la parole à ceux qui travaillent sur au moins deux médias (éléments, supports) de nature différente et d’envisager la recherche d’une perspective intermédiaire.
On peut rapprocher la notion d’intermédialité de la transmédialité (passage d’un médium à un autre), de la plurimédialité (coexistence de plusieurs médias au sein d’une même
oeuvre) mais nous devons la différencier de l’intertextualité (étude de la mise en relation de textes dans l’oeuvre) et de l’interdiscursivité (étude des interactions entre les multiples
discours qui traversent le texte d’une oeuvre). Par ailleurs, Müller rappelle que l’intermédialité est indissociable des contextes sociaux, historiques et politiques. Les interactions sociales y sont fortement liées. C’est donc un sujet qui, par excellence, invite au décloisonnement disciplinaire et à l’ouverture à des interventions d’autres chercheurs de sciences humaines : les chercheurs en sociologie, psychologie, en anthropologie, en histoire et en géographie pourraient enrichir des perspectives alors limitées aux champs littéraires et artistiques.
Dans cette perspective, la question de la réception des oeuvres intermédiales pourra aussi être abordée. La distance y est rompue entre l’auteur et le public grâce à différents langages qui deviennent à la fois lisibles, visibles, audibles… Dans tous les cas, sensoriels. Mais quelle est donc la place, la position du public/lecteur/spectateur face à/dans ce type
d’oeuvre ? Comment qualifier les sensations et impressions artistiques suscitées ?

L’intermédialité est par conséquent inhérente à toutes les étapes de l’oeuvre d’art intermédiale : l’inspiration, la représentation et la réception. A l’égard de l’inspiration, du côté
de l’artiste, il serait pertinent de poser les questions suivantes : comment le bagage culturel d’un artiste agit-il sur son oeuvre ? Quels sont les éléments qui justifient les choix dans une
représentation synthétique voire synesthésique ? Quelques orientations :

- Intermédialité, transmédialité, plurimédialité en art : littérature et peinture, danse,musique, sculpture, oeuvres de théâtre, cinéma. La question de la frontière - ou de
l’annihilation de celle-ci - entre les arts. Est-il pertinent de parler de frontière sur la question de l’intermédialité ? Comment les approches multimédiatiques influencentelles
la création artistique, la divulgation des connaissances, et même font naître des conceptions nouvelles ?

- Intermédialité et sociocritique : l’intermédialité en sociologie, psychologie, anthropologie, histoire et géographie. La question de la réception des oeuvres
intermédiales. Comment les psychologues, sociologues font-ils évoluer leur méthode de recherche en profitant de la synthèse médiatique ? Comment le mélange des médias
façonne-t-il le mode de pensée dans la société moderne, pour la communication publique ou le champ cognitif ? Dans les études culturelles, où chaque actif peut être
considéré comme un véhicule de sa culture d’origine, dans quelle mesure peut-on comparer l’interculturel et l’intermédial ?
- Intermédialité et linguistique : Si on considère le langage comme un média, son évolution est-elle une question entre-langagière ou inter-langagière ?
- Intermédialité et sciences de l’éducation : Comment la pédagogie intègre-t-elle l’approche intermédiale dans les sciences de l’éducation ?
Les axes sont volontairement ouverts pour que les travaux puissent explorer toutes les articulations possibles dans le champ de la littérature et des sciences humaines et sociales, mais surtout les pratiques de recherche et les problématiques inhérentes à la recherchedans ces domaines. Toutes les propositions de communication seront admises pour
évaluation du moment où elles entrent en dialogue avec le cadre présenté ici.

 
ORGANISATION
Comité organisateur :
Lucie CASTELLA (Doctorante, CELIS)
Marion CLAVILIER (Docteure, CELIS)
Ningfei DUAN (Doctorante, CELIS)
Comité scientifique :
Magali GINET (Pr. Psychologie sociale, LAPSCO)
Marianne JAKOBI (Pr. Histoire de l’art contemporain, CHEC)
Caroline LARDY (MCF Études cinématographiques, CHEC)
Bénédicte MATHIOS (Pr. Études hispanophones, CELIS)
Marie-Christine TOCZEK-CAPELLE (Pr. Sciences de l’éducation, ACTé)
Friederike SPITZL-DUPIC (Pr. Linguistique, LRL)
Ludovic VIALLET (Pr. Histoire médiévale, CHEC, directeur de l'ED LSHS)
 
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